Définition

 

La négociation est l’un des divers modes de décision ouverts aux acteurs face aux problems qu’ils envisagent de surmonter, avec l’affrontement, l’évitement, le consensus, la voie hiérarchique, et le recours à la loi ou à l’adjudication (Zartman, 1976).

Parmi les définitions de la négociation, on peut distinguer celles qui s’efforcent de mettre en évidence, d’une part les composantes de la négociation, d’autre part la finalité ou les processus impliqués dans le phénomène (résultats et manières d’y parvenir).

Concernant les composantes de la négociation, la variété des situations rend la recherché de composantes communes difficile. La definition de Rubin et Brown (1975), devenue classique, retient les traits suivants :

– au moins deux parties sont impliquées qui présentent un conflit d’intérêts par rapport à une ou plusieurs questions ;

– les parties sont, au moins temporairement, liées par un type particulier de relation volontaire. La négociation est donc une activité humaine relationnelle, liant deux acteurs interdépendants face à des divergences, et dans laquelle les parties peuvent s’engager dans une recherche mutuelle « d’arrangement » ou « d’accord » ;

– la relation de négociation est une activité de répartition ou d’échange de ressources spécifiques, ou de résolution de problems entre les parties, concernant les négociateurs eux-mêmes (négociation en nom propre) ou ceux qu’ils représentent (négociation pour un mandant) ;

– l’activité implique généralement la presentation de requêtes ou propositions par une partie, l’évaluation de celles-ci par l’autre, suivie de concessions et de contre-propositions. C’est une activité séquentielle plutôt que simultanée.

 

Les différents courants théoriques

 

Le champ scientifique de la négociation est large car il emprunte à des domaines très divers, depuis la psychologie et la théorie des jeux jusqu’aux sciences juridiques et politiques (Usunier, 2004) ainsi qu’à la sociologie.

Les paradigmes « anglo-saxons » de la négociation sont la théorie des jeux (Nash, 1950), l’analyse de décisions (Raiffa, 1982) et la psychologie cognitive et sociale (Tversky et Kahneman, 1981). À cela s’ajoute selon Lempereur (2006) les paradigmes « continentaux » avec l’anthropologie culturelle (Faure et Rubin, 1993), la rhétorique, l’argumentation (Perelman et Olbrechts-Tyteca, 1958), la sociologie et la science politique (De Callières, 1716 ; Lempereur, 2004) et le droit (Mnookin et al., 2000).

On identifie plusieurs écoles (Zartman, 1976) :

– l’école de la description historique (caractérisée par la recherche de faits ou d’indicateurs pertinents) de laquelle se rapprochent les écoles de l’étude analytique se concentrant sur des moments et des aspects cruciaux de la négociation comme le pouvoir et les menaces : Schelling (1960) et de la recherche analogique (avec l’examen

de « cas parallèles ») ;

– l’école de l’analyse en termes de structures de problèmes, de motivations ou de buts, école particulièrement importante en raison des travaux majeurs tels que ceux de Walton et McKersie (1965) ;

– la théorie des jeux s’inspirant de la contribution de Nash (1950), en particulier, à

laquelle s’apparente l’école stratégique (pour qui la détermination du résultat est essentiellement déterminée par la structuration des utilités et l’éventail des choix stratégiques tel que fixé par la théorie des jeux, sur la base des hypothèses de cette discipline) ;

– l’école mettant l’accent sur les types de personnalité (Deutsch, 1973) ; – l’école étudiant les comportements efficacies (de caractère descriptif ou prescriptif) ; (Karrass, 1970) ;

– l’école des processus qui considère la négociation comme une série de manoeuvres et de défis dans laquelle les demandes et les offres, les concessions, les tactiques constituent autant de réponses et d’interactions face à la nécessité de réduire l’écart entre les positions respectives (plutôt que de tendre – comme le voudrait la théorie fondée sur les jeux – vers des solutions optimales saillantes) (Zartman, 1976) ;

– enfin, l’école de l’expérimentation des rôles par la simulation ou laboratoire (Siegel et Fouraker, 1960).

 

Isabelle Barth et Lionel Bobot

Économie et Management n° 137 Octobre 2010